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10ème Rencontre Nationale de la Réussite Educative

23-24 mai 2018, La Rochelle

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ANARE 01La 10ème rencontre nationale de l'ANARE a rassemblé à l'Espace Encan de la Rochelle les acteurs de la Réussite éducative : professionnels du terrain (coordonnateurs PRE, référents de parcours, animateurs, acteurs de l'action sociale, etc.), institutionnels (CGET, DDCS, etc.), élus des collectivités en charge de l'éducation, de la jeunesse, pour débattre des enjeux actuels de la réussite éducative. Plus de dix ans après la mise en place des PRE (émanation de la loi de programmation pour la cohésion sociale de 2005), les interrogations étaient nombreuses quant à l'avenir, dans un contexte de doute sur les perspectives et les moyens alloués à la politique de la ville. 

Un certain nombre d'interrogations

Qualifié de "poil-à-gratter des institutions" par le sociologue Jean-Marc Berthet, le dispositif de réussite éducative était initialement destiné... à disparaître une fois ses objectifs atteints. En perdurant, il s'est institutionnalisé, ce qui interroge fortement le droit commun. En dix ans la situation sociale s'est fragilisée, le droit commun a reculé dans de nombreux territoires, comme l'a montré le témoignage de Jacky Harouna de la ville de Koungou. A Mayotte, le PRE fait office de droit commun et pousse les acteurs de la réussite éducative à innover pour permettre aux enfants d'accéder à l'école, au système de soins, etc.
Parce qu'il est ancré au coeur des difficultés sociales des territoires, le dispositif de réussite éducative a été identifié comme un important "outil de veille" qui constitue une grande richesse en terme de données sociales. Mais comment exploiter ces données tout en respectant leur confidentialité ? se sont interrogés les institutionnels.
Des paradoxes ont été pointés, comme la précarité de certains personnels. Comment aider de manière efficace et durable un public fragilisé quand on est soi-même en situation de fragilité professionnelle ? La question du manque de reconnaissance des acteurs de la réussite éducative au niveau national a été récurrente, relayée notamment par le président de l'ANARE, Bertrand Gohier. La gestion des dossiers administratifs a également été pointée par les acteurs comme frein à la fois pour les bénéficiaires (augmentation du non-recours) mais aussi pour les acteurs eux-mêmes (activité trop chronophage). Comment créer de "vrais développeurs territoriaux" (J.-M.Berthet) avec une telle bureaucratie ?

Face à l'inquiétude palpable des acteurs de la réussite éducative, les institutionnels se sont voulus rassurants, réaffirmant l'importance de l'action des premiers sur le terrain. Mais auront-ils réussi à convaincre l'assemblée ?

Les dynamiques de terrain

ANARE 02Malgré ces forts questionnements, il est ressorti de ces journées, notamment à travers le Village des ressources des PRE qui regroupait 35 initiatives locales et par les différents ateliers proposés que la mise en place opérationnelle du dispositif de réussite éducative est non seulement effective, dynamique, mais qu'elle est aussi largement reconnue (par les parents, par les partenaires) à l'échelon territorial. Un consensus s'est établi pour dire que les acteurs de la réussite éducative ont un rôle d'"ensemblier" pour fédérer les différents partenaires sur un territoire. Autre constat : certains PRE ne se limitent pas aux quartiers politique de la ville, comme l'a rappelé une élue de la ville de Dijon.

La question de l'évaluation des politiques éducatives a été au coeur d'un atelier animé par Olivier Brito et Stéphanie Morel. Si elle apparaît comme nécessaire a minima pour "justifier" de la bonne utilisation de crédits, comme parfois contraignante quand elle est purement quantitative (référence à l'enquête Trajectoires (1), voire "tyrannique" (O.Brieto), l'évaluation peut être porteuse de sens à condition qu'elle soit conçue, partagée et utilisée par les acteurs comme un outil de formation susceptible de guider leur action. Un certain nombre de questions se posent alors aux acteurs du PRE pour mesurer les impacts de leur action. Ces derniers disposent de données sociales très riches sur leur territoire, mais comment les objectiver ? Comment réussir à évaluer les partenariats ? Comment prendre en compte l'effet levier que constitue la réussite éducative sur les autres politiques publiques ? Comment mesurer l'articulation réussite scolaire / réussite éducative ? En l'absence de budget dédié, comment évaluer quand on est soi-même partie prenante de l'évaluation ? Quels sont les points de tension entre services, acteurs ? Comment trouver le temps d'entreprendre une démarche d'évaluation ? En faisant "le pari de l'intelligence collective", a répondu Stéphanie Morel, en commençant par associer les acteurs dès l'élaboration d'un outil d'évaluation dans une démarche de co-construction (2). L'évaluation permet alors la participation et contribue à renforcer le pouvoir d'agir des acteurs ("empowerment evaluation"). L'évaluation doit permettre de produire de la connaissance au service des organisations et redonner du sens à l'action.
Des témoignages et réflexions d'acteurs de la réussite éducative de Seine-Saint-Denis, des villes de Toulouse, Dijon, Valence, la Rochelle notamment ont permis de nourrir la réflexion des participants de l'atelier.

Quelles pistes d'action pour les PRE ?

Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes a présenté les grandes orientations gouvernementales en matière d'action sociale. Selon lui, on est dans un changement de paradigme : d'un Etat qui énonce verticalement aux acteurs ce qu'il faut faire, il faut passer à un meilleur accompagnement des professionnels sur le terrain (logique de "bottom up") et, au final, "sortir de la logique de dispositifs." D'après lui, "il est urgent de redonner de la confiance dans le modèle social", ce qui implique de démontrer l'efficacité des politiques menées. Parmi les pistes avancées : une meilleure coordination de l'action sociale à l'échelon territorial ; une meilleure scolarisation des moins de trois ans.

ANARE 03Vincent Léna, chargé de mission au CGET, a cité comme exemple d'engagement le PRE de Grigny. Citant le récent rapport Borloo, il s'est félicité que l'enjeu éducatif soit au coeur du projet présidentiel, même si le PRE n'y est pas explicitement mentionné... En revanche, Adélaïde Milza, administratrice de l'ANARE a affirmé que les acteurs de la réussite éducative avaient besoin d'un signal fort de l'Etat.
Un autre enjeu fort au niveau local : la gouvernance des PRE, face à l'empilement des dispositifs. Selon Jean-Marc Berthet, l'articulation entre l'échelon du quartier, de la ville, de l'intercommunalité est un défi majeur à relever. Il a dénoncé le manque de formation initiale sur la politique de la ville, qui expliquerait en partie le manque de reconnaissance.
Dominique Jésu, quant à lui et de façon volontairement provocatrice, a appelé de ses voeux la disparition des PRE... qui ont vocation à s'intégrer dans les politiques locales. Il a souhaité également qu'au-delà d'une certaine philosophie individualiste véhiculée par le dispositif de réussite éducative, des actions collectives soient réhabilitées en direction des familles qui verraient ainsi leur pouvoir d'agir renforcé. Il a affirmé l'importance de la co-éducation dans la réussite éducative des enfants. Il a plaidé pour que les droits fondamentaux de l'enfant tels qu'affirmés par la Convention internationale des droits de l'enfant de Genève soient pris en compte dans les PRE et constituent le socle d'une culture commune pour les différents acteurs éducatifs.

A la fin des rencontres certains acteurs ont affiché leur scepticisme par des commentaires postés en ligne, comme : "Les PRE toujours remerciés, félicités, mais à quand le PRE comme étant une politique publique à part entière ? ". Durant ces journées, on a pu mesurer à la fois la grande énergie mobilisée par les acteurs de la réussite éducative qui s'inscrivent souvent dans une démarche militante, à la fois les nombreuses interrogations face à un avenir aux contours incertains.

Anne Francou, Observatoire PoLoc (mai 2018)

Notes

(1) Enquête réalisée par le cabinet Trajectoires pour le CGET. Voir les rapports en ligne : http://observatoire-reussite-educative.fr/dispositifs/dossier-PRE/publications/enquetes-rapports
(2) tel que l'"Outil pour l'évaluation locale des programmes de réussite éducative (PRE) "présenté par la sociologue et publié récemment sur le site du Cget : http://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/outil_evaluation_cget_socialab_2018_0.pdf

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