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Le Collectif pour l’Education, la Culture et les Loisirs (CECL) dans les politiques éducatives locales : une expérience de partenariat en contexte rural


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Lugny, France

Le CECL (Collectif pour l’Éducation, la Culture et les Loisirs) est porteur d’actions éducatives sur les temps péri et extrascolaires (et scolaires) en direction des enfants et des jeunes sur le territoire de Saône-et-Loire. Ces actions s’inscrivent dans le cadre des politiques éducatives locales mais également dans le projet de la Fédération des Francas, à laquelle la structure est affiliée depuis sa création en 1980. Le CECL, alors nommé Comité pour l'Enfance du Canton de Lugny a d'emblée inscrit ses actions à l’échelle intercommunale, valorisant une approche éducative globale, de manière à répondre aux besoins des populations (contexte rural, villages dispersés). Aujourd'hui, l'association, est un interlocuteur important de la Communauté de Communes « Mâconnais-Val-de-Saône » (qui rassemble actuellement 12 communes pour environ 6000 habitants) en tant qu’organisateur d’actions éducatives mais aussi en tant qu’ « aide-conseil » à la mise en œuvre des politiques éducatives. L’action du CECL couvre cependant un territoire plus élargi que celui de l’intercommunalité dans la mesure où il accueille des enfants de communes périphériques. 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour formuler le projet à l’échelle intercommunale ? Quels changements les réformes territoriales à venir pourraient-elles induire ?

Michaël Ramalhosa : Notre échelle territoriale a beaucoup varié ces dix dernières années. De quatre très petites communautés de communes, nous sommes passés à une petite intercommunalité d'environ 6000 habitants. D'autres communes (au nombre de 7) ont fait le choix de rejoindre la Communauté d'Agglomération de Mâcon. La configuration actuelle est le résultat de plusieurs étapes durant lesquelles le périmètre des actions a souvent évolué. Tout n'a pas toujours été simple. La taille de l'EPCI (1) actuelle est critique et nécessite de fusionner de nouveau avec une autre… A chaque fois, se pose la question de définir la place de l'association dans cet environnement institutionnel mouvant.

En 2001, dans le cadre du projet éducatif local, une action « phare » a été organisée par le CECL et les foyers ruraux, en lien avec les écoles, de manière à enclencher une dynamique éducative sur un territoire rural plutôt « en panne » dans ce domaine. Le projet s’appelait Boule de com' et consistait à investir le domaine de la communication et de proposer plusieurs activités aux enfants sur ce thème (conception de Unes de journaux, publications, organisation de rencontres avec des journalistes, des graphistes, etc). Ce projet a aussi permis de soulever l’enjeu des contenus éducatifs dans la construction des politiques éducatives locales, au-delà des questions organisationnelles et d’une logique de service aux familles. Par ces actions, le CECL a acquis une certaine reconnaissance sur le territoire, ce qui lui a permis d’être sollicité par la suite, notamment pour la mise en place de la réforme des rythmes (loi de refondation de l’école).

Quels ont été les changements apportés par ce partenariat avec les municipalités dans le fonctionnement interne de l’association ?

Michaël Ramalhosa : La professionnalisation du secteur de l'animation a conduit le CECL à se tourner vers la Communauté de Communes afin de financer un permanent pour l'association. Le coordinateur des dispositifs contractuels est alors mis à disposition de l'association afin de répondre à l'un des objectifs prioritaires de notre Projet Éducatif Local : « Développer les loisirs éducatifs en direction des enfants et des jeunes tant sur le plan qualitatif que quantitatif ». De 2008 à aujourd'hui, l'association ne cesse de développer de nouveaux projets et de nouveaux séjours, tout en assurant le recrutement régulier de personnels permettant de prendre en compte l'évolution du volume d'activité.

Les actions menées ont conduit les acteurs éducatifs à s’interroger plus largement sur les enjeux des politiques éducatives locales et, au moment de la réforme des rythmes scolaires (puis de la mise en place des PEDT), les collectivités locales ont souhaité poursuivre le partenariat engagé avec le CECL. La structure a été sollicitée pour accompagner les communes dans la phase de concertation et dans l’écriture de leur PEDT mais aussi pour organiser les temps périscolaires.

Le CECL a-t-il été sollicité pour encadrer les concertations ? Dans la construction du PEDT ? Pour mener des actions ?

Michaël Ramalhosa : Suite à l’annonce de la réforme, le maire du chef-lieu de canton nous a clairement dit qu’il souhaitait la mettre en oeuvre le plus rapidement possible. Il comptait sur l'appui du CECL. Il lui reconnaissait les compétences nécessaires et dont il ne disposait pas au sein des effectifs de la mairie (moins de 1000 habitants). Nous ne lui avons pas proposé de prendre en charge les animations, mais de se donner un temps de trois quatre mois pour l’écriture d’un PEDT. Le CECL n’a pas été positionné en tant qu’expert mais comme animateur de la réflexion et rédacteur des échanges. Nous leur avons proposé d’écrire un PEDT à partir d'une démarche de concertation élaborée avec les Francas. Dans un premier temps, on a donc écrit le PEDT, puis dans un deuxième temps, nous avons donné notre accord à la mairie pour une gestion des activités en septembre. En septembre, un certain nombre d’autres communes voisines nous ont sollicités. 
Une des conditions pour qu’on travaille avec les mairies était de travailler un an à l’avance : on prend le temps de discuter, on prend le temps d’échanger, on ne s’occupe pas d'emblée des questions d’organisation. Mais on discute bien de ce que l’on veut pour les enfants, et c’était le cœur de nos débats.

Les concertations et l’élaboration du PEDT se sont réalisées au niveau de chaque commune, dans un premier temps. L’ambition à terme est de pouvoir généraliser la démarche à l’échelle intercommunale.

L’échelle communale était-elle la plus « pertinente » pour la mise en place des PEDT ?

Michaël Ramalhosa : Les élus de la Communauté de Communes n'ont pas souhaité que ce soit cet échelon administratif qui s'implique. L'EPCI est pourtant compétent dans le périscolaire. De fait, la démarche du CECL a permis de travailler non pas à l’échelle intercommunale mais communale et d’intéresser beaucoup plus de gens sur ces questions-là. C’est-à-dire que dans chaque commune, on a construit un groupe d’écriture qu’on a animé, ce qui veut dire cinq comités d’environ vingt personnes. On a cent personnes à peu près qui ont discuté autour des questions d’éducation, alors qu’on aurait peut-être fait à vingt un comité d’écriture intercommunal au départ. Nous nous sommes donc positionnés comme un outil de mutualisation des ressources à l'échelle et à la place de l'intercommunalité.Il s'agit d'une tâche difficile car les questions d'éducation sont portées par des acteurs différents sur le périscolaire « traditionnel », les nouveaux temps périscolaires.

Soulignons le fait qu’au-delà des actions menées par le CECL sur le territoire, en tant qu’organisateur de loisirs périscolaires et extrascolaires et de coordinateur d’actions éducatives, les relations de partenariat avec les collectivités locales s’inscrivent dans le cadre d’une convention d'objectifs et de moyens. L’objectif étant d’inscrire sur le territoire des actions concertées et d’engager une réflexion partagée autour des finalités et des contenus des politiques éducatives.

Quels sont, selon vous, les enjeux éducatifs des temps périscolaires et extrascolaires ? Qu’est-ce que vous essayez de proposer dans ces espaces éducatifs, en lien avec les parents, les enseignants, les gouvernants politiques ?

Michaël Ramalhosa : On s'est dit qu'il était impossible de construire ces nouveaux temps sans les enfants. Nous ne pouvions pas concevoir ces temps là comme n’étant pas un temps de participation des enfants. Nous souhaitions rester dans ce qu’on sait faire au CECL : faire participer les enfants. Il s'avère que cette question est ressortie de manière forte dans certains PEDT. Au CECL, les programmes des vacances présentent quelques moments forts mais l'essentiel du contenu est construit avec les enfants. Aux demandes des parents, nous répondons souvent : «Vous n'envisagez pas, vous, qu’on construise vos vacances quand vous arrêtez le boulot ! De la même manière, nous n'envisageons pas de construire les vacances des enfants à leur place». Il faut l’expliquer mais les gens sont très contents, et ça fonctionne. Faire participer les enfants à l'élaboration de leurs temps de loisirs est une manière de respecter la Convention Internationale des Droits de l'Enfant. Nous reconnaissons à l'enfant la capacité de s'exprimer. C'est d'ailleurs pour cela que nous investissons fortement le champ de l'éducation aux médias… pour les faire entendre !

Propos recueillis (et commentaires) par Sidonie Rancon ( novembre 2015) 

Notes

Note (1) EPCI = Etablissement public de coopération intercommunale